Front de Sciences : Préservation de la qualité des milieux

Le Front de Sciences "Préservation de la qualité des milieux : prévention et réduction de la pollution", porté par Valérie Simon, maîtresse de conférences HDR (Habilitation à Diriger des Recherches) à l’ENSIACET et chercheuse au Laboratoire de Chimie Agro-industrielle (LCA), a pour objectif de comprendre et limiter les pollutions qui altèrent l’eau de surface comme souterraine, les sols, l’air et les écosystèmes.
Interview de Valérie Simon
« Développer des stratégies concrètes pour prévenir, réduire et contrôler la pollution. » Valérie Simon
Quels enjeux prioritaires motivent les travaux du Front de Sciences "Préservation de la qualité des milieux" ?
La qualité des milieux (air, eau, sols, biomasses, aliments) est l’un des principaux défis majeurs du XXIe siècle.
Nous vivons déjà les conséquences directes de décennies d’activités industrielles et minières, auxquelles s’ajoutent le changement climatique et la rareté croissante de ressources telles que les eaux dont l’eau potable. Le Front de Sciences vise à mieux comprendre les cycles biogéochimiques qui régissent les milieux naturels et à développer des stratégies concrètes pour prévenir, réduire et contrôler la pollution.
Parmi les enjeux figurent notamment la préservation des écosystèmes, des ressources et la protection de la santé publique. En combinant connaissances de la biogéochimie de ces systèmes et ressources aux sciences analytiques, aux procédés de dépollution associant des approches physiques, physico-chimiques et biologiques, ce Front de Sciences explore des solutions innovantes pour diagnostiquer, prévenir et réduire les pollutions, tout en formant une nouvelle génération d’ingénieurs mieux éclairés sur ces problématiques complexes.
Quelles problématiques scientifiques la recherche doit-elle résoudre ?
Elles sont extrêmement nombreuses et étroitement liées. Nous devons en premier lieu améliorer notre capacité à mettre en évidence, diagnostiquer, évaluer l’étendue de la pollution, qu’il s’agisse de polluants organiques ou inorganiques dont les métaux, afin de proposer des méthodes de réhabilitation et/ou de dépollution. Cela suppose de disposer de méthodes analytiques toujours plus sélectives et sensibles par rapport aux milieux étudiés.
Le LCA a, par exemple, récemment développé une technique innovante pour mesurer des composés à l’état de traces en phase gazeuse, technique utile pour l’étude de la qualité de l’air dans des atmosphères libres ou confinées mais aussi pour l’étude de procédés d’épuration de l’air. En tant que coordinateur, le LCA a également, dans le projet DiagnOSE, contribué à évaluer l’impact du passé minier de Salsigne sur le milieu naturel (sol, rivière, atmosphère) ainsi que sur les populations en vallée de l’Orbiel dans l’Aude. Il a aussi proposé des pistes de transition pour ce territoire dans une approche interdisciplinaire intégrant aussi bien des disciplines de la géophysicochimie, de la biologie, des sciences analytiques, de la géographie et des sciences sociales.
Outre le diagnostic de la pollution, un autre défi réside dans le traitement, la remédiation et la réhabilitation de milieux pollués, pour lesquels différentes approches doivent être envisagées : bio et phyto-remédiation, procédés physico-chimiques dont électrochimiques, ainsi que des technologies éco-efficaces, en fonction du contexte environnemental, de la localisation et du type de polluants identifiés.
Quels sont les points forts de l'ENSIACET dans ce domaine de recherche ?
L’École dispose d’un vivier d’une grande richesse. Ses quatre laboratoires rassemblent des compétences issues de nombreuses disciplines, favorisant une approche interdisciplinaire essentielle pour comprendre le comportement biophysicochimique des polluants dans l’environnement. Les équipes travaillent en croisant la physico-chimie, le génie chimique, la mécanique des fluides ou encore la géochimie. L’ENSIACET bénéficie aussi d’un lien fort avec les acteurs industriels, ainsi qu’avec les établissements publics de recherche.
Quels enseignements en tirent les futurs ingénieurs et ingénieures formés à l'ENSIACET ?
Les étudiants participent directement à la recherche sur ces questions. Ils effectuent des stages dans des laboratoires ou entreprises travaillant sur le développement de méthodologies analytiques, la dépollution et la gestion soutenable des milieux.
Nos étudiants ont pu, par exemple, travailler sur : l’utilisation de biomasses pour le traitement d’effluents industriels, la bioremédiation fongique pour la dégradation de polluants dans les écosystèmes côtiers et terrestres, la recyclabilité d’eaux usées riches en chlorures, ainsi que la dissolution électrochimique de combustibles nucléaires en vue de leur recyclage. Ces expériences de terrain, dans des contextes réels, donnent aux futurs ingénieurs une vision globale des interactions entre environnement, technologies et société. Ils comprennent que préserver la qualité des milieux, c’est aussi développer une culture de la responsabilité scientifique et citoyenne.
Comment imaginez-vous l'évolution des formations à l'ENSIACET face à ces transformations ?
Nous devons renforcer les formations transversales, capables d’intégrer chimie environnementale, écotoxicologie, procédés soutenables et sciences sociales, telle que l’option Génie de l’environnement et économie circulaire (créée dès 2003) au sein de Toulouse INP.
L’objectif est de former des ingénieurs décisionnaires, capables de mesurer les conséquences de leurs choix techniques non seulement sur le court terme mais aussi sur le long terme.
L’École réfléchit à créer de nouvelles unités d’enseignement en lien avec la qualité des milieux. Les crises environnementales récentes, comme la raréfaction de l’eau en lien avec le changement climatique, montrent que ces questions deviennent vitales pour les territoires et les entreprises. À plus long terme, il s’agira aussi de renforcer la formation et la science participative : projets sur sites sensibles, observatoires citoyens, collaboration avec les collectivités.
Interview réalisée par Emmanuelle Durand-Rodriguez - Telmi Studio













