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Denis Ode : Un professionnel partage son expérience avec l’ENSIACET

Denis Ode, ingénieur et chercheur au CEA depuis plus de 35 ans, intervient régulièrement auprès des étudiants en génie des procédés de l’ENSIACET. Son objectif : leur faire découvrir les applications industrielles de leur formation et les sensibiliser aux opportunités de carrière dans le secteur nucléaire. Cette interview met en lumière une collaboration enrichissante entre un professionnel de terrain et une école d’ingénieurs. Denis Ode y partage son expérience, ses attentes envers les étudiants et les compétences qu’il recherche pour ses équipes. Une rencontre qui illustre le lien essentiel entre formation académique et monde industriel.

Pouvez-vous vous présenter ?

Je viens d’un parcours académique en chimie, plus précisément de l’école de chimie de Marseille, car elle était située près de centres industriels comme la pétrochimie. Aujourd’hui, je travaille au CEA (Commissariat à l’énergie atomique et aux énergies alternatives), depuis plus de 35 ans, où nous recherchons des compétences en génie chimique et génie des procédés, notamment pour le secteur du nucléaire.

Vous intervenez à l’ENSIACET depuis 4 ans. Qu’est-ce qui vous a donné envie de vous engager auprès de vos étudiants ?

Mon engagement est motivé par deux choses :

  • La transmission : J’ai toujours eu envie de partager ce que je sais et d’expliquer ce que j’ai compris. C’est un moteur pour moi.
  • La recherche de profils adaptés : Je cherche des étudiants qui ont une réelle volonté de s’investir dans un parcours scientifique, notamment via la thèse. Ce n’est pas tant le sujet qui compte, mais la curiosité et la capacité à approfondir un domaine.

Il y a quelques années, nous avions du mal à trouver des candidats pour nos sujets de thèse, malgré leur qualité. Cela m’a poussé à m’impliquer davantage, en proposant des stages et en collaborant avec l’école pour attirer des profils adaptés.

Selon vous, qu’apporte l’intervention de professionnels aux étudiants de l’ENSIACET ?

J’essaie d’apporter un regard différent sur la science, plus orienté vers l’application industrielle et les procédés. L’académique est souvent très fondamental, alors que nous, au CEA, nous travaillons sur des applications concrètes, notre « slogan » si je peux dire est « de la recherche à l’industrie ». Mon objectif est de montrer aux étudiants ce qui est possible après l’école, et comment leurs connaissances peuvent être appliquées dans le monde professionnel. C’est aussi une occasion de leur présenter des parcours variés, pour qu’ils voient les différentes voies qui s’offrent à eux.

Vous accueillez un étudiant et un doctorant de l’école. Qu’est-ce que cette collaboration vous apporte ?

C’est un apprentissage réciproque. Les étudiants apportent un regard neuf et des méthodes différentes, ce qui est très enrichissant. Par exemple, un étudiant a présenté un projet à un industriel d’une manière que je n’aurais pas imaginée, et cela a été très efficient. De plus, cela permet de maintenir mes connaissances à jour et de découvrir de nouvelles approches. C’est une dynamique qui me motive à continuer à encadrer des étudiants.

Quelles compétences venez-vous chercher chez les ingénieurs formés à l’ENSIACET ?

Au-delà des compétences techniques, qui sont souvent très solides, je recherche :

  • L’humilité : Savoir reconnaître qu’on ne sait pas tout et être ouvert aux critiques.
  • La capacité à travailler en équipe : Le collectif est essentiel, surtout dans la recherche.
  • L’adaptabilité : Savoir s’ajuster à un environnement et apporter un regard neuf.
  • La communication : Savoir présenter ses idées de manière claire et synthétique.

Ces qualités humaines sont aussi importantes que les compétences techniques.

Comment la formation de l’ENSIACET répond-elle aux besoins du secteur nucléaire aujourd’hui ?

La formation est très adaptée, car elle couvre des domaines comme le génie chimique et le génie des procédés, qui sont centraux dans le nucléaire et en particulier dans le cycle du combustible. Par exemple, nous travaillons sur des procédés de séparation et de recyclage des matières, ce qui nécessite des compétences en chimie et en génie des procédés. De plus, la proximité avec la recherche et les laboratoires permet aux étudiants de se familiariser avec des enjeux concrets, ce qui est un atout majeur.

Que pensez-vous du lien entre la formation et la recherche que vous développez à l’ENSIACET ?

Le lien est très fort et bénéfique. Les étudiants qui viennent dans nos laboratoires sont déjà bien préparés à la recherche, car ils ont été formés dans un environnement où la recherche est valorisée. Cela leur permet de s’adapter rapidement et de contribuer activement à nos projets. Il est important de guider les étudiants vers ce qui leur correspond le mieux : certains préféreront résoudre des problèmes concrets en tant qu’ingénieurs, tandis que d’autres seront attirés par la recherche plus fondamentale, plus motivé par la compréhension des phénomènes que par leur résolution. Les deux approches sont complémentaires et nécessaires.

Un mot pour la fin ?

Les échanges et la diversité des profils sont importants dans une équipe. J’encourage les étudiants à explorer différentes voies pour trouver ce qui les motive vraiment, car c’est cela qui donne envie de se lever le matin. Enfin, le choix qu’ils font aujourd’hui n’est pas fermé, et l’expérience montre que des évolutions fortes sont possibles dans le choix des métiers de nos carrières qui sont maintenant très longues.